Putain de barrières.

Je vous hais et je vous remercie.

J'aurais bien voulu un son de cloche, un poing dans le bide ou au visage. N'importe quoi, mais pas la chute, banal mais brutale ; pas ce début de ruine. Je vous déteste parce que je vous dois tout.
 Et parce que malgré tout et tout ça, sans vous, c'est surtout sans moi.

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Il m'aurait fallu.

Mourir avant mes 18 ans, comme attendu, comme tant voulu.

Pourtant, je te regarde dans l'heure d'été, longue et calme comme un jour sans drogue, et je tire sur mon verre en me répétant que ce n'est pas si mal de vivre le jour, de vivre tout court.

Je ne te regrette pas mais il me faudrait un peu d'avant, de ces années de lits et de vodka qui faisaient de mes chutes une dernière fête. Désormais, je me sens dimanche chaque heure à ne pas boire et je réponds ça va, ça va, bien sûr que ça va parce que c'est tout ce qu'il y a à faire avec vous tous et rien ne hurle dans vos têtes toutes lisses alors que la mienne, la mienne...

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Han vomit dans mes toilettes. 
Je surveille d'une oreille distraite ses bruits de bouche et de gorge, pareil à l'écoute d'une mer sale et bileuse. Mes amis vieillissent et c'est terrible. Moi aussi, sans doute. Quoi qu'on fasse, peu importe la lutte, le corps l'emporte toujours. Il trahit mais encaisse tandis qu'on le souhaite plus fort. David et Goliath. Le mien demeure loyal. Sauf quand. Ceux des autres m'apparaissent alors si faibles, méprisables, périssables. J'observe de près, regard curieux, à la recherche de pourriture. Si je m'approche plus encore, il me semble la distinguer sous les muscles, là où la peau plisse. Elle germe comme une fleur et je la contemple grandir et grimper, gagner l'air et l'embuer, le remplir.

Je pèterai une dizaine, cette année. Tout change et rien, pourtant. Quoi que j'y fasse. Je multiplie les versions de moi-même, toutes bonnes et mauvaises. Des pages qui défilent sans fin réelle.

 Avant la fin. 

 

« Il serait temps que tu t’y mettes, Mave. Tu as 25 ans. Tout le monde fait des gosses, en plus. Tu attends quoi, hein ? Et tu sais que même ma pote Caro a eu un môme ? Du coup, elle a arrêté la coke. »
« Avant ou après l’accouchement ? »

« Si tu veux, je te présente un mec. »
« Non. »
« Grand, black, musclé, avec une énorme moto… »
« Ah ? Tu appelles ça comme ça, maintenant, toi ? »
«  En plus, ça lui remonterait le moral : il a rompu avec sa copine. Tu sais ? La strip-teaseuse asiatique ? Il voulait une histoire sérieuse et elle est gogo danseuse. »
« Et basé sur ces faits, tu trouves franchement je suis une meilleure option ? »

« J.M dit qu’à force de te parler du bébé et des points positifs, tu vas finir par en vouloir un, toi aussi. »
« Thine, ce n’est pas parce que ta vie est nulle que je dois faire pareil. »
« Mais je viens de te le dire ! TOUT LE MONDE a des enfants ! Angélique, son meilleur ami débile et riche, ma cousine qui avait dit qu’elle n’en aurait jamais, moi… Même mon dealer ! »
« Celui qui ne voulait pas te vendre de l’ecstasy ? »
« Non, un autre. Celui-là, je lui fais la gueule. »

« Tu sais, Angélique m’a dit que le père de son gosse, elle ne l’aimait pas vraiment. Mais elle a 30 ans, elle ne voulait pas finir tout seule alors elle s’est dit que c’était le moment ou jamais. »
« C’est. A. Ffreux. »
« Mais non, arrête, c’est biologique. »
« Non, je parle d’Angélique enceinte. Déjà qu’elle ne ressemblait à rien, ça n’a pas dû lui arranger la tronche, la grossesse. »
« T’es méchante. Mais franchement, sans déconner, ça passe. »

« Joyce aussi, tiens ! Elle aussi, elle a eu un gosse ! »
« Alors, premièrement : jusqu’à quand tu comptes m’énumérer toutes les connasses parisiennes à la vie ratée ? Et deuxièmement, Joyce s’est envoyée toute la ville. Donc si tu veux mon avis, c’est un miracle qu’elle n’en ait eu qu’un, de gosse. »
« … Ouais. J’avoue. »

« Pourquoi tu as fait ça, Thine ? »
« Quoi ? Ma permanente ? Ce n’est pas si moche. »
« De tous mes potes, tu étais la seule que je supportais avec plaisir. Pourquoi il a fallu que ta vie devienne aussi naze ? »
« Ouais, je sais. Mais si tu te souviens bien, j’avais dit que je n’en voulais plus, d’enfant. Ca m’est tombé dessus comme ça, quand on était chez Cyril Lignac ! Je suis sûre que c’est à cause de la religieuse au chocolat, ça a dû agir sur mes ovaires. »
« Si on passe outre le fait que je te déconseillerais fortement d’exposer tes théories sur la reproduction alors que tu as suivi au grand maximum 3 cours de biologie dans ta vie, je peux savoir pourquoi tu l’as gardé, le truc ? »
« Déjà, J.M ne voulait pas que j’avorte. »
« C’est vrai que si Monsieur « méthode du retrait » ne voulait pas… »
« Non, mais je me suis aussi dit qu’avec mes galères de santé, il valait mieux que je le garde au cas où je ne pourrais plus en avoir plus tard. J’en ai déjà perdu un, tu te rappelles ? »
« Tu parles de ton fils, Thine. Pas d’une boîte de cassoulet au fond d’un bunker en cas de pénurie alimentaire. »

« Il va bientôt falloir que je fasse baptiser le petit. »
« Tu as une idée de la date ? »
« Sûrement avril ou mai. Enfin pour Pâques, quoi. Pourquoi ? Ça t’intéresse enfin ?? »
« Oui et non. En fait, je veux surtout être sûre d’être absente ce jour-là. »

« Allez, viens ! Je te promets qu’il y aura à boire et à manger. »
« … »
« Ok, surtout à boire. »
« Avant ou après la messe ? »
« Les deux. »
« Et pendant ? »
« Euh… non. »
« Mauvaise réponse. »
« Eh merde ! »

« Pourquoi on se voit moins, Mave ? »
« Parce que tu as décidé de participer lamentablement à la reproduction de la race ? »
« Mais il est gentil, tu sais ? A mon avis, il a dû sentir que je ne serai pas une la meilleure mère du monde. Il essaye d’être cool avec moi. D’ailleurs, tu as dit non la première fois mais pour la prochaine, tu pourrais être la marraine ! »
« … La prochaine fois… ? »
« On en veut un autre, avec J.M. »
« Bordel de merde. »
« J’ai dit que je voulais une fille, j’aurai ma fille ! »
« Tu es vraiment, vraiment obligée de pourrir la vie de 2 enfants ? Ils ne t’ont rien fait, tu sais. »
« Clair. Mais bon, le mal est fait, de toute façon. Alors, oui, non, merde ? »
« … »
« … C’est merde, c’est ça ? »
« Finalement, t’es pas si conne. »

 

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/ SEPTEMBRE /

Cela faisait tes 17 ans.
La rue, les bancs, et dans ma tête les blancs, cette envie de mourir qui s’imprime dans ton palais comme un coup de poing dans les dents.

A l'époque, je léchais mes plaies, je me soignais à la nuit et mes sourdes plaintes ? des enfants de route, de rues, de rades, à écumer Paris ; tenir leur main bien fort, ne pas les laisser s'enfuir car elles reviendront, j'en suis sûre, me tuer quelque part, m'assassiner plus, quand je ne les regarderai pas, quand je penserai être sauvé, en vie, enfin ! mais en vie, encore.

Comme chaque année, l'été commence sans moi, l'été ne m'attend pas.

Tout près de ses fenêtres, Paris mue, devient naïade.
Je le rejoins en retard, frôle ses paumes, perd sa main. 
Dans son dos, l'air est garçon, aux caresses malhabiles.

Je regrette le Beau qui me troue en flèche, si peu souvent, s'enfonce dans mon coeur, trop loin pour y laisser la moindre cicatrice, à tâter des doigts dans le vide comme l'on appelle un chat
un réconfort, joyeux pour les jours gris.

Ne jamais oublier la couleur du ciel.
En l'attendant, je prie.

Je ne valide pas ton plan cul.
J'ai bon goût, mais je ne suis pas exigeant.
Ca fait 6 mois que je travaille l'autre bonnasse, là, qui me rembarre à chaque fois et c'est le soir, LE soir, où ma copine décide de venir qu'elle, elle décide de débarquer. 
Je m'ennuyais, donc j'ai lu tes textos. Tu l'as vraiment surnommée "Lapin du Pakistan" ?
Je suis tellement, mais tellement content de ne pas avoir jeté les bouteilles  de vin blanc et de cidre qu'on a entamées. Je me suis dit : "A tous les coups, il y a un crevard qui en voudra en se levant demain matin".
Je ne suis pas vraiment plus vieux qu'elle, tu sais. Et puis, j'ai déjà fait du 16 ans l'année dernière. Au moins, elle, elle est majeure. Ca me change !
Whisky champagne Coca. Je sais, ne me regarde pas comme ça : j'ai testé, ça passe.
Je te jure, Mave, toutes des salopes ! Et puisqu'on en parle, ton décolleté est indécent.
Ta copine vient de mettre du Boney M. J'espère pour toi qu'elle est vraiment bonne au lit, parce que là, je fais vraiment de mon mieux pour garder un minimum de respect pour ta personne.
Muscat Eau de Javel.
Mec, au cas où tu voudrais essayer de comprendre le sens de la vie, il y a ta nana qui est en pleine tentative de faire le ménage.
Alors quand je demande une pipe, il n'y a plus personne mais quand il s'agit de passer le Swifer à 5 heures du matin parce qu'on a renversé sa Vodka Fraise, on se réveille !
J'ai envie de tizer un coup avant de partir au boulot. Quelqu'un aurait un Spritz ?
Elle m'a fait un gros bad, hier. J'ai dû la foutre sous la douche toute habillée.
Moi, j'appelle ça un "Sauvez Willy".
L'alcool, c'est de l'eau !
Ouais, c'est du vin de soirée, quoi : je l'ai pris à l'épicerie à l'arrache 2 minutes avant en me disant que tout le monde aurait ramené à picoler et que je n'aurai pas besoin de le boire.
Tiens, file-moi le vin blanc tiède. Je vais lui apporter, ça la fera patienter le temps qu'on nous livre les pizzas.
Non, je ne me déguiserai pas. Moi, j'ai un mec. Je ne peux pas me déguiser juste parce que c'est Halloween, okay ? Toi, tu t'en fous : tu ne baises avec personne en ce moment, tu peux te permettre d'être dégueulasse.
Ca sort d'où, cette idée de boire du 7 Up saveur Mojito à 6 heures du matin ? Tu te crois drôle ?
Elle, elle estime qu'on n'est pas en couple. Moi, j'ai décidé d'estimer qu'elle était mon cheval sauvage. Je l'appelle Princesse Connasse.
Dans l'échelle de la salope, je te jure que je n'étais jamais monté aussi haut sur le baromètre.
Dimhe, tu m'as l'air bien ralenti ce matin.
Et moi, je vais te dire : ferme bien ta gueule.
Ca va, avec ton poney ?
Elle vient de me gueuler dessus parce que je me suis pointé avec du Bourgogne. Et qu'elle voulait du champagne au petit-déjeuner.
J'ai perdu ma dope. Et l'accès à la chatte de ma copine.
Ils m'ont parlé de 40 personnes que je ne connais pas. Moi, j'ai dit : je m'en fous, je veux savoir si Mave vient. Elle, et ses seins. Quand même. Faut pas déconner.
Tu n'aurais pas vu mon mec, par hasard ? Je l'ai laissé à côté de la sangria.
Non. Mais si ça t'intéresse, dans les toilettes, il y a un être humain avec un masque de cheval.
Tu me suces ?
Je viens de manger. Mais c'est gentil.
Je n'aurais jamais dû me lancer dans cette compétition de twerk. 
Franchement, Dihme, tu aimes te compliquer la vie. Mais quitte à être foutu, tu peux organiser un plan à trois.
Tu te rappelles de l'anorexique moche qui était dans notre cours d'économie ? Franchement, au point de dalle où je suis arrivé, même elle, elle y passe.
Je croyais qu'elle n'avalait pas ?
Elle est anorexique, je viens de te dire.

Les Japonais sont un peuple endurant.

Han a prononcé cette phrase le premier jour, tandis que je fixais le creux où se joignent ses omoplates, au centre de son petit corps blanc lancé en éclaireur devant mes seins, le long des couloirs en sueur de Shinjuku. Elle ignore à quel point ces mots font sens pour le lutteur que je suis, que je pousse au front, poings en avant, les côtes brisées et le nez en sang.

Un jour viendra où ma chair à canon refusera l'arène, brûlera armes et drapeau et que me restera-t-il alors ? Trouverai-je ainsi et à mon tour la force de partir jouer les armures de mes batailles, de mes défenses acharnées ? A quoi bon le Roi, si je perds l’armée ? Ma séparation des pouvoirs a ses failles et mon soldat est mauvais stratège, meilleur guerrier.

Il me faudra, tôt ou tard, mater l’échec.

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