Posée, postée loin de tout, je demande.

Pourquoi tout en moi se ressemble et jamais ne se rassemble, pas même une fois seule ? éparpillé dans chaque creux et chaque coin pillé, chaque tréfond-prison. Je me plains trop, chuchotent mes voix. Trop pour si peu, et trop pour trop de combats.

Je ne suis jamais seul.
Ne pas le rester, surtout pas.
Toujours s'entourer.
De bruits, de cris, de corps, de sons forts et qui cognent à mes oreilles, les blessent et les trouent, m'arrachent les tympans, me percent la peau et y incrustent des bijoux. Je deviens alors loque, breloque, mais je n'hurle plus. Ca braille au-dehors et me tient éveillé, empêche mon tout de sortir et les autres de rentrer.

 Je suis le fil du gin en ce milieu de dimanche. Paris s'endort, se paralyse au-dehors. Et moi loin de tout, incapable de devenir autre chose que moi, à prétendre être sans autre torture que naître humain.

Je m'entoure de créatures amies, autres que mes pensées boueuses, plus réelles que tout ce en quoi j'ai foi. Je fais croire à ces compagnes d'instant que mes problèmes ne dépassent pas les leurs ; tous ensemble au même niveau, perdues aux mêmes endroits ou en même temps.

Paris s'endort, donc, et moi avec.

Si seulement.

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Ce jour ressemble au dernier. Ce n'est que l'été qui s'endort, une nuit claire qui se dépose. Je m'efforce à faire de même avec mes propres monstres. Redevenir normal ou du moins y tendre, reprendre les rênes et rentrer dans les rangs. Les heures grises s'annoncent en valse, celle que je connais un peu trop bien et qui me ramène aux claques du quotidien. 

J'observe mes verres, ceux du matin au matin. De nouveau, les pilules à mon réveil et la drogue le soir. Entre chaque, combler les trous, faire semblant et saigner en-dedans, dedans uniquement. Parce qu'il faut se couvrir et paraître ce qu'il faut ; ainsi panser les traces dans les entrailles et ne montrer que celles de nos visages dans des sourires pas trop pâles.

Ma peau reste brune, ma tête une ruine en braise. J'ai le regard trouble, des cils à mes lèvres, bloquée de nostalgie dans ce changement de saison qui apporte en cette fin d'août le couperet de l'adieu.

Ceux qui vivent Paris au temps d'été sont semblables aux naufragés.

Dans la ville en huit clos, leurs mains se tendent vers leurs pareils, eux aussi à l'abandon, et à l'aveugle leur hurlent des appels, de corps à cors, à coups de bouteilles. Des messages sans but mais pas sans boire, car l'idée de finir seul ronge leurs os, écrase leur espoir.

Je suis de même à ces égarés terrestres parmi lesquels je me perds, dont je me repais, par manque et envie de rien. Jolis pantins que j'utilise, à mon gré et à mes goûts, car utiles à mon désert qui sans cesse se tarit et se tapisse de mes émois, de mes écrits.

Je ne sais pas m'arrêter. 

C'est un de mes problèmes, de mes emblèmes.
Pareil quand je fuis, quand je ploie, quand je combats. J'enfile tout ce qui me passe sous les poings et par le nez, affamé de lutte pour oublier celles qui dans ma tête font rage au bon vouloir de mes tempêtes, au gré de mes naufrages.

Prends tes médocs, tes médocs, tes médocs, tes médocs.
Bordel, Mave ! prends tes putain de médocs. 
On me prête un courage que je voudrais tuer.
Être faible et frêle à mon tour, accueillir mes os soudain fragiles et mon mental usé.
Ne plus les trahir ou les plonger dans ces joutes, leur accorder un repos sans date dans cette vie sans âge et céder à tout ce qui me tente, me tend les bras chaque jour.
Car je ne plie que sur papier signé ; un permis, une autorisation, un laisser-passer.
Je ne fais que ce qui me chante mais surtout ce qui me chasse, me traque à l'odeur et au sang perdu entre ces verres terminés, ces listes de bars et ces joints allumés. 
Tous avancent, bien rangés, bien casés, encastrés dans la cadence entre le matin et le lendemain et c'est tout ce contre quoi je lutte, contre quoi je butte, trébuche à chaque pas, tombe et y écorche mes genoux, les mains couleur gravier, à fuir sans fin, à m'enfuir très loin en espérant, en suppliant que tout reste dans mon dos, se colle aux autres et à leur peau, oublie la mienne, par pitié, me la laisse vaine et abîmée.
Déjà presque bientôt l'été et moi qui ne vois jamais rien venir, aveugle parce qu'aimant trop les ténèbres et leurs morsures. Ca me déchiquète et j'y passe, j'y pense toute ma vie. Je n'aime qu'étrange, qu'au plus noir des noirs.
Voilà ce qui m'éclaire, me fait briller.

Le noir.
Putain de barrières.

Je vous hais et je vous remercie.

J'aurais bien voulu un son de cloche, un poing dans le bide ou au visage. N'importe quoi, mais pas la chute, banal mais brutale ; pas ce début de ruine. Je vous déteste parce que je vous dois tout.
 Et parce que malgré tout et tout ça, sans vous, c'est surtout sans moi.

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