Ceux qui vivent Paris au temps d'été sont semblables aux naufragés.

Dans la ville en huit clos, leurs mains se tendent vers leurs pareils, eux aussi à l'abandon, et à l'aveugle leur hurlent des appels, de corps à cors, à coups de bouteilles. Des messages sans but mais pas sans boire, car l'idée de finir seul ronge leurs os, écrase leur espoir.

Je suis de même à ces égarés terrestres parmi lesquels je me perds, dont je me repais, par manque et envie de rien. Jolis pantins que j'utilise, à mon gré et à mes goûts, car utiles à mon désert qui sans cesse se tarit et se tapisse de mes émois, de mes écrits.

Je ne sais pas m'arrêter. 

C'est un de mes problèmes, de mes emblèmes.
Pareil quand je fuis, quand je ploie, quand je combats. J'enfile tout ce qui me passe sous les poings et par le nez, affamé de lutte pour oublier celles qui dans ma tête font rage au bon vouloir de mes tempêtes, au gré de mes naufrages.

Prends tes médocs, tes médocs, tes médocs, tes médocs.
Bordel, Mave ! prends tes putain de médocs. 
On me prête un courage que je voudrais tuer.
Être faible et frêle à mon tour, accueillir mes os soudain fragiles et mon mental usé.
Ne plus les trahir ou les plonger dans ces joutes, leur accorder un repos sans date dans cette vie sans âge et céder à tout ce qui me tente, me tend les bras chaque jour.
Car je ne plie que sur papier signé ; un permis, une autorisation, un laisser-passer.
Je ne fais que ce qui me chante mais surtout ce qui me chasse, me traque à l'odeur et au sang perdu entre ces verres terminés, ces listes de bars et ces joints allumés. 
Tous avancent, bien rangés, bien casés, encastrés dans la cadence entre le matin et le lendemain et c'est tout ce contre quoi je lutte, contre quoi je butte, trébuche à chaque pas, tombe et y écorche mes genoux, les mains couleur gravier, à fuir sans fin, à m'enfuir très loin en espérant, en suppliant que tout reste dans mon dos, se colle aux autres et à leur peau, oublie la mienne, par pitié, me la laisse vaine et abîmée.
Déjà presque bientôt l'été et moi qui ne vois jamais rien venir, aveugle parce qu'aimant trop les ténèbres et leurs morsures. Ca me déchiquète et j'y passe, j'y pense toute ma vie. Je n'aime qu'étrange, qu'au plus noir des noirs.
Voilà ce qui m'éclaire, me fait briller.

Le noir.
Putain de barrières.

Je vous hais et je vous remercie.

J'aurais bien voulu un son de cloche, un poing dans le bide ou au visage. N'importe quoi, mais pas la chute, banal mais brutale ; pas ce début de ruine. Je vous déteste parce que je vous dois tout.
 Et parce que malgré tout et tout ça, sans vous, c'est surtout sans moi.

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Il m'aurait fallu.

Mourir avant mes 18 ans, comme attendu, comme tant voulu.

Pourtant, je te regarde dans l'heure d'été, longue et calme comme un jour sans drogue, et je tire sur mon verre en me répétant que ce n'est pas si mal de vivre le jour, de vivre tout court.

Je ne te regrette pas mais il me faudrait un peu d'avant, de ces années de lits et de vodka qui faisaient de mes chutes une dernière fête. Désormais, je me sens dimanche chaque heure à ne pas boire et je réponds ça va, ça va, bien sûr que ça va parce que c'est tout ce qu'il y a à faire avec vous tous et rien ne hurle dans vos têtes toutes lisses alors que la mienne, la mienne...

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Han vomit dans mes toilettes. 
Je surveille d'une oreille distraite ses bruits de bouche et de gorge, pareil à l'écoute d'une mer sale et bileuse. Mes amis vieillissent et c'est terrible. Moi aussi, sans doute. Quoi qu'on fasse, peu importe la lutte, le corps l'emporte toujours. Il trahit mais encaisse tandis qu'on le souhaite plus fort. David et Goliath. Le mien demeure loyal. Sauf quand. Ceux des autres m'apparaissent alors si faibles, méprisables, périssables. J'observe de près, regard curieux, à la recherche de pourriture. Si je m'approche plus encore, il me semble la distinguer sous les muscles, là où la peau plisse. Elle germe comme une fleur et je la contemple grandir et grimper, gagner l'air et l'embuer, le remplir.

Je pèterai une dizaine, cette année. Tout change et rien, pourtant. Quoi que j'y fasse. Je multiplie les versions de moi-même, toutes bonnes et mauvaises. Des pages qui défilent sans fin réelle.

 Avant la fin. 

 

« Il serait temps que tu t’y mettes, Mave. Tu as 25 ans. Tout le monde fait des gosses, en plus. Tu attends quoi, hein ? Et tu sais que même ma pote Caro a eu un môme ? Du coup, elle a arrêté la coke. »
« Avant ou après l’accouchement ? »

« Si tu veux, je te présente un mec. »
« Non. »
« Grand, black, musclé, avec une énorme moto… »
« Ah ? Tu appelles ça comme ça, maintenant, toi ? »
«  En plus, ça lui remonterait le moral : il a rompu avec sa copine. Tu sais ? La strip-teaseuse asiatique ? Il voulait une histoire sérieuse et elle est gogo danseuse. »
« Et basé sur ces faits, tu trouves franchement je suis une meilleure option ? »

« J.M dit qu’à force de te parler du bébé et des points positifs, tu vas finir par en vouloir un, toi aussi. »
« Thine, ce n’est pas parce que ta vie est nulle que je dois faire pareil. »
« Mais je viens de te le dire ! TOUT LE MONDE a des enfants ! Angélique, son meilleur ami débile et riche, ma cousine qui avait dit qu’elle n’en aurait jamais, moi… Même mon dealer ! »
« Celui qui ne voulait pas te vendre de l’ecstasy ? »
« Non, un autre. Celui-là, je lui fais la gueule. »

« Tu sais, Angélique m’a dit que le père de son gosse, elle ne l’aimait pas vraiment. Mais elle a 30 ans, elle ne voulait pas finir tout seule alors elle s’est dit que c’était le moment ou jamais. »
« C’est. A. Ffreux. »
« Mais non, arrête, c’est biologique. »
« Non, je parle d’Angélique enceinte. Déjà qu’elle ne ressemblait à rien, ça n’a pas dû lui arranger la tronche, la grossesse. »
« T’es méchante. Mais franchement, sans déconner, ça passe. »

« Joyce aussi, tiens ! Elle aussi, elle a eu un gosse ! »
« Alors, premièrement : jusqu’à quand tu comptes m’énumérer toutes les connasses parisiennes à la vie ratée ? Et deuxièmement, Joyce s’est envoyée toute la ville. Donc si tu veux mon avis, c’est un miracle qu’elle n’en ait eu qu’un, de gosse. »
« … Ouais. J’avoue. »

« Pourquoi tu as fait ça, Thine ? »
« Quoi ? Ma permanente ? Ce n’est pas si moche. »
« De tous mes potes, tu étais la seule que je supportais avec plaisir. Pourquoi il a fallu que ta vie devienne aussi naze ? »
« Ouais, je sais. Mais si tu te souviens bien, j’avais dit que je n’en voulais plus, d’enfant. Ca m’est tombé dessus comme ça, quand on était chez Cyril Lignac ! Je suis sûre que c’est à cause de la religieuse au chocolat, ça a dû agir sur mes ovaires. »
« Si on passe outre le fait que je te déconseillerais fortement d’exposer tes théories sur la reproduction alors que tu as suivi au grand maximum 3 cours de biologie dans ta vie, je peux savoir pourquoi tu l’as gardé, le truc ? »
« Déjà, J.M ne voulait pas que j’avorte. »
« C’est vrai que si Monsieur « méthode du retrait » ne voulait pas… »
« Non, mais je me suis aussi dit qu’avec mes galères de santé, il valait mieux que je le garde au cas où je ne pourrais plus en avoir plus tard. J’en ai déjà perdu un, tu te rappelles ? »
« Tu parles de ton fils, Thine. Pas d’une boîte de cassoulet au fond d’un bunker en cas de pénurie alimentaire. »

« Il va bientôt falloir que je fasse baptiser le petit. »
« Tu as une idée de la date ? »
« Sûrement avril ou mai. Enfin pour Pâques, quoi. Pourquoi ? Ça t’intéresse enfin ?? »
« Oui et non. En fait, je veux surtout être sûre d’être absente ce jour-là. »

« Allez, viens ! Je te promets qu’il y aura à boire et à manger. »
« … »
« Ok, surtout à boire. »
« Avant ou après la messe ? »
« Les deux. »
« Et pendant ? »
« Euh… non. »
« Mauvaise réponse. »
« Eh merde ! »

« Pourquoi on se voit moins, Mave ? »
« Parce que tu as décidé de participer lamentablement à la reproduction de la race ? »
« Mais il est gentil, tu sais ? A mon avis, il a dû sentir que je ne serai pas une la meilleure mère du monde. Il essaye d’être cool avec moi. D’ailleurs, tu as dit non la première fois mais pour la prochaine, tu pourrais être la marraine ! »
« … La prochaine fois… ? »
« On en veut un autre, avec J.M. »
« Bordel de merde. »
« J’ai dit que je voulais une fille, j’aurai ma fille ! »
« Tu es vraiment, vraiment obligée de pourrir la vie de 2 enfants ? Ils ne t’ont rien fait, tu sais. »
« Clair. Mais bon, le mal est fait, de toute façon. Alors, oui, non, merde ? »
« … »
« … C’est merde, c’est ça ? »
« Finalement, t’es pas si conne. »

 

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