Un rayon de soleil brûle sur un coin du lit. Mes cuisses, comme des bouts de bois épais, emmêlées autour du tissu. Descendre l'escalier et écarter les rideaux. Le café qui tombe, au long de la gorge. Je reste des heures, allongée avec elles dans le canapé. De temps en temps, tout se ferme et je bascule. Mes mots sans sens, pas de queue, plus de tête. Mes lèvres craquent dès que je souris, un goût de sang avec le thé. Les mouvements de ma bouche tandis que j'avale. Les bonbons blancs, pas loin de mon sommeil. Mes lignes de tasses. Longtemps, je fixe l'au-dehors, mes yeux sans fard, sans fête, dans le silence posé. Rien ne dure. Il ne pleut plus. Cette chappe de plomb, sur mes pensées cimentée. Je repense aux dernières nuits, le songe amical, simuler le normal. Une caresse sur ma joue. Tu es très belle. Le feu devant mes mains tendues, et un autre qui s'éteint. You are my sunshine. Chat. Je dois tuer la Duchesse. Je t'ai connue plus courageuse.

Je ne sais pas. Alors j'attends.


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Je n'ai plus vraiment le sentiment d'être quelque chose de correct. La simple impression d'écouter de l'opéra et d'ouvrir la bouche quand cela ne me chante pas. Un peu de vide et je n'ai pas mal. La tête pleine d'air, les doigts en araignées, bagués d'argent arqués, l'esprit en brume d'air, et dans le coeur, un peu de fer. Etrange pantin, que ce mental troué, qui bat la breloque plus souvent que la chamade. Je tape, tape sur mes touches, mes tâches, me pianote sans "en vie", vaguement, jusqu'aux veines, vainement, vané. Simule, simagre sans grimace petit tas, et te tâcler le crâne à coups de claque quand ça déconne, quand ça se dérobe. Tu ne sais pas trop, tu ne sais pas quoi. Pour un peu, tu souris, ça s'étire, s'étale sur ton visage comme un rouge mal posé. Tu es mal placé, mal pensé. Et puis tout là-haut, sans rire, ça déraille. Quelque chose de raté. Tous les soirs, les petites plaquettes que je mélange, avale au goulot des bouteilles arrangées, dérangées, moi avec. La scène est un peu longue, le rideau du tomber un peu loin, un couperet mal aiguisé. De tout ce qu'on me dit, je me cogne, m'en cagne, m'en cage la carapace. J'écoute peu, et je peine. Ne plus penser, rester chez soi, à panser les plaies bien taillées, soi-même creusées. Je ne comprends pas tout ce que j'écris, je ne m'explique pas ce que je suis. Et toute cette eau, je ne sais pas trop d'où ça vient. Le soldat n'est plus si fier, le soldat n'est plus si droit.

 
A la guerre comme à la guerre, mon gars.
 

Je fais semblant de m'intéresser
à mes propres problèmes.


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On s'est bâtis un moment de nuit, comme d'autres clouent des cabanes.
Ca sent le bois et la menthe entre nos doigts de rois, qui tiennent verres et briquets, droits comme des phares en mer. De la nourriture pour adolescents heureux, une fête foraine sur le canapé blanc.

On parle doux, on parle d'eux.
Les paroles fusent fuient, au large du balcon sans fleurs. On se grille là, brillants, ouverts-couverts au vent du soir.

Petit à petit, mon sourire se déraye.

Et la cigarette contre les rideaux à vif qui rougissent le sombre, une aube avant l'heure, pendant que l'on crie à la ville sans fond sans fin, des chansons de foire à l'horizon. En août s'y esquissera une grande roue.

Eveillés trop tôt entre le clair du matin, deux bouts de corps englissés. Tes bras immenses entre les miens, un "Ensemble" en coque de couette. S'en-lassivement-lacer, mes boucles sur ton coeur, et dans ce ballet tendre, s'ensommeiller.

Tout près des fenêtres, Paris blanc de brume pendant que le café se cuisine, du noir dans les tasses et ta main de paravent, sur mes épaules craquées. Tu es juste assez haut, et te poser sur ma tête de merle moqueur, juste assez grand pour m'entourer.

Cette petite, toute petite sensation d'être normale, tandis que tu pars retrouver le garçon de ta vie, et que je redeviens homme de la mienne.

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A la longue, tout ça se tasse, se froisse en mare, en masse, entre mes mains comme des secondes lasses, dans des instants plus cons, plus noirs que mes yeux de marin noyé, que mes muscles durs et d'hommes, qui ne servent qu'à brasser le vent, enlacer du vide, évidemment. Tu vois, j'ai de la force et de la poigne, de la gagne, tellement que j'en crâne, que j'en cane. J'ai trop de vols derrière les ailes, trop de violence et peu de lestes. Jamais je ne lâche, jamais je ne largue, rien et ça me drague, me nargue au loin, au large.

Tu flottes de peu, capitaine.
 
Et moi, je sais pas trop quoi te dire, gamine, qui me demande, tu me quémandes, là debout, à me faire la manche, de ces trucs-filles qui empestent le sucre et toutes ces couleurs pour toi et tes mioches de sourires, pour que t’arrêtes, que tu chiales pas. T’es pas plus moche, pas plus fragile, va, que toutes les autres des autres nanas, qui se trouvent un peu folles alors qu’elles ont juste quelque chose de fêlé, des cases et de la magie en moins, pis un bout de vie un peu naze en coin de rue, comme l’air de rien, et toi qui fais que pleuvoir, pleurer du noir parce que t’en ivres et t'enivres, tes yeux avant de sortir entre bêcheuses, qui se foutent du brillant et du parfum en paquet, pour que la nuit vous ressemble, quand vous vous pointez qu’au matin, cassées d’alcool sur vos conneries et vos talons, à vous rattraper par les doigts pour pas manger le pavé, et vous écrouler à côté de moi quand je pionce sur la bouteille, la môme entre les pattes et sa tête blonde sous les songes, quand on reste, quand on se serre, tous un moment, on s’agonise et on s'endort.
 
 
Puis sans prévenir, on revit.
Eichi.

L’œil ouvert.
Croise le matin, qui le fixe d’un air con. Un moment, se réveille, puis s’en prend un autre, pour réaliser : plus de nuit, mal et mal barré. L’a survécu à un nouveau jour et là, le temps de remuer, lui bouger le corps, va falloir s’en bouffer un autre. Pas le goût pas l’envie pas la vie. Et pas de forces non plus, merde, pas le froid pas de foi au fond, et le fond, ouais, ça il connaît le fond. Puis y’en a beaucoup trop, de ces « pas », et aucun qui voudrait le conduire ailleurs, loin du quartier, loin de ces merdes, qui pondent qui poussent, en bordel sous les pavés.


Eichi aime pas le matin.

Laisse tracer. Reste immobile, décide de pas remuer. Un peu chieur, emmerde les minutes ; ces connes qui rendent son quotidien plus vrai encore, le tirent loin du sommeil, jusqu’à la surface. Lui rappellent la baraque qui tombe en ruine, les trous qui bouffent les murs, le matelas humide au tissu qui vieillit et se crade, comme une odeur de corps, se décompose un peu et un peu plus, pourrit sous le sien dès qu’il fait noir, pendant qu’il dort dessus. Et toutes ces fois, ces putain de fois que le froid le secoue, trop tôt pour qu’il fasse jour, que ses yeux revivent et revoient, toutes ces fois c’est pire, c’est pire.

Non.
Vraiment, Eichi aime pas, le matin.

 

Traîne un peu traîne la patte reste-au-sol. Les minutes l’étouffent, ça continue de filer alors il se lève, se tape loin de la fenêtre, volets toujours fermés, des carreaux presque plus et la maison, tellement laide de toute façon, c’est pas plus mal, pas plus moche dans le noir. Eichi reste un moment devant la porte. Bloquée de son mieux, avec une chaise qu’en a plus vraiment la gueule. Pas qu’il compte sur elle pour le protéger - compte sur rien, Eichi - mais si le vieux décidait de venir lui foutre une raclée durant la nuit, ça ferait assez de boucan pour le réveiller. Jamais venu jusqu’à maintenant, et chaque jour qu’il se retrouve à broyer la poignée entre son poing, Eichi fait mine de prier. Sait pas comment, mais garde les yeux fermés, longtemps, pour se faire un cadeau.

« Mon dieu, fais qu’il soit mort. »

 

Geste brusque et brusque la porte, l’ouvre et s’enfonce dans le gouffre.


Eichi dort dans le cellier, lui et ses jambes trop longues. Seule pièce de la maison qui ait deux sorties : une vraie et une de secours, comme ces endroits au-dehors dont on a peur qu’ils flambent. Eichi a jamais vu d’incendies ou de volcans, mais il se dit que la bouche du vieux, celle qu'il lui crache, celle qui le crame, l’haleine qui sent la cendre et le mauvais vin, qu’on lui vomit si fort à la tronche que ça finit entre ses lèvres, brûle tout à l’intérieur et l’embrase, la bouche du vieux lui fait aimer ces deux sorties. Et mille fois par jour, quand il se fait gueuler dessus, Eichi prend feu.
12 ans, c’est toute sa vie, cette conne qui se consume. De la camelote, une chandelle.

Ici, c’est pas vraiment grand. Assez pour qu’on se croise pas trop, qu’on s’évite facilement. Y’a des bouts de charpente qui servent à pas se voir, des pièces où personne va, plus beaucoup de sol, même pas de quoi s’enterrer. Ouais, songe Eichi. C’est pas grand et c’est l’enfer.


Le salon à droite. Le coin du vieux. Dort et boit. N’importe quelle heure n’importe quand n’importe quoi. Regarde les images à la télé, comprend même pas. A deux mômes. Une crevette, huit ans, les yeux déjà vitreux, puis Eichi, qu’est abimé, cogné, pogné de partout. Bouge pas, jamais, s’empiffre, comme un sac déformé. S’abrutit. S’enlaidit. Mériterait de crever. Eichi y pense très fort. Il s’y cramponne. De toute façon, l’a plus rien pour s’accrocher. De son bout de couloir, il peut voir le fauteuil racorni, que les années et le poids du gros écrasent, rapprochent des lattes dégueulassées. Eichi fait encore un pas, se planque à l’embrasure. Bâtard biture branleur de brasier et fais qu’il soit mort fais qu’il soit mort qu’il soit mort qu’il soit mort mort mort mort mort.
A Mort.


Pendant quelques secondes, rien qui bouge entre les murs. A la télé, des gens coloriés au crayon ondulent et brillent. Eichi se dit que tout ça, c’est pas vrai, que ça peut pas, que ça peut rien. La vie, sait ce que c’est, hein. Et jamais vu de couleurs, jamais. Peut-être que s’en cachent quelques unes, planquées sous les restes de bouffe, les bouteilles bien vidées et la bière par terre, renversée, qui colle aux semelles, l’empêche de fuir de foutre, le camp le cloue, l’englue au plancher. Peut-être planquées, ouais. Mais Eichi a vraiment pas envie de chercher.

A mort et mort mort mort mort mort… Figé. Un truc dans l’air qui se suspend, et un autre, qui gonfle, soulève le cœur d’Eichi. Ouais, cette fois, peut-être bien que cette fois… Et dans quelques minutes, les informations de 8h. Le projet de remaniement gouvernemental a aujourd’hui été rejeté par… Graisse. Masse. Puis bouge.
Vivant.
Le truc retombe, Eichi jure.
Il est vivant.
Fait chier.
Putain, fait chier.

Le vieux s’ébroue dans son sommeil, le fauteuil gémit. Eichi rêve du moment où tout ça s’écroulera, enfin. La télé, ses mensonges, les couleurs qu’il voit pas, dont il veut pas, la bouffe qui germe entre les lattes, le vieux l’ivresse la bicoque qui les retient, les garde prisonniers, les bouts de verre en tapis, qui se plantent partout, percent la peau, leur trouent les mains, que tout s’écroulera, et lui en-dessous, tout en bas du bas, dans le reste puis dans le tas. Les daubes avec les daubes. Ouais.
Voilà.

 

Eichi se barre, la déception et la rage sous le bras, les embarque vers la cuisine. Un peu moins le boxon, on y marche presque normalement, sans enjamber. Carrelage pas trop gris, pas trop sale, juste dans les coins un peu pétés. Faut dire qu’y’a rien, et rien à y faire dans la cuisine. Manger, même pas, frigo vide, placards au bec ouvert, trous béants dans le bois qui laissent affamé. Eichi y jette même pas un œil. L’habitude. Sait que c’est creux, va pas se faire avoir. Des siècles que le vieux croupit dans le salon, et personne pour rapporter de l’argent ou remplir les bides. Alors la tête d’épingle dans le coin du ventre est devenue un tunnel et depuis qu’il fait trois pommes, Eichi a faim. Ca se traîne, ça grossit, ça prend de la place et du galon. Se dit qu’un jour peut-être, ça le bouffera.

L’en sait rien.

L’espère.
Sait pas.

 

Colle sa bouche au robinet, y recueille l’eau trouble, se rince puis recrache. Tout ici a le goût de charogne, d’un truc qui se malade et moisit. Et c’est pareil, une fois loin du seuil, partout, où qu’il se taille, ça le suit. Eichi mâchonne sa colère, la roule sous la dent, s’en nourrit pour boucher le puits, tout au fond de ses entrailles. Ca aussi, ça le brûle, comme ces poubelles où se pressent les paumés et les ordures. Un bout de braise dans l’hiver. Eichi regarde autour de lui, hausse les épaules : l’été, pas sûr que ça existe, ça non plus. Ici tout meurt, tout se fane même quand on en crève, et de quoi peu importe, ouais vraiment… Peu importe.

Eichi stoppe là. Se hisse hors du trou, y laisse les rats. Le jour est haut maintenant, et Eichi veut pas qu’il fuit comme ça, sans lui, trop vite pour suivre et le courir ensuite comme on course les filles, leurs cuisses entre le soleil et puis quand tout se barre, parce que la journée, ça a la taille des cigarettes ça se tire ça se tient et tout le temps la retenir encore, dans les doigts, par la main, la retenir, jusqu’à la fin, la fin.
Ouais.
La faim.

 

Eichi sort. Cuisine couloir recroise sale con dépasse y repasse salon, il fera chaud et humide sur l’ensemble du pays pour le reste de l’après-midi et tout de suite le programme, au plancher des mètres et des kilos s’éloigne se magne la lumière sous le bois l’entrée l’ouvre-claque.

Eichi disparaît pour la journée.


A l’étage, une porte baille dans le noir [...].

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Et toujours, convaincre les filles,
leur souffler qu'elles sont minces mignonnes mirages et miracles, sentent bon et belles à bouffer, ces mèches à leur cou, nous mômes à leurs pieds,

des yeux au ciel et bouches aux anges, aux hanches, au pieu les pions et dieu qu'on les aime, cons mêmes et même quand, on s'en fout, on s’en mêle, tous grands salauds, jolis parleurs, à jouer ce rôle un peu connard, un peu bâtard,

jusqu'à la fin du monde.

Même avec des médicaments plein le nez et au coin des lèvres l’envie de se finir comme d’autres y calent des cigarettes, j’aurai toujours la force de répondre à la bêtise et aux seins de Thine, dresser ma carcasse pour la rejoindre au bar, la faire rire parce que je bois trop, trop fort, me moquer de ses rêves et de sa vie, tout ça pour lui rappeler que derrière mes vestes et mes litres de rhum soir après soir, c’est bien moi, le mec.

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J'ai parfois l'impression
d'être une petite théière,
dans laquelle tout infuse,
se noie et s'arôme sans fin, à m'ambrer ce corps de tête, rond fumant et fragile.


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Ils m'avaient couché sur leurs genoux parce que j'étais la plus petite.
Allongée tout contre leurs entrejambes, leurs coudes dans mes côtes et la tête, l'alouette, comme prête à tomber, j'écoutais Nirvana de travers, hurler dans cette fin de ciel bleu. 
Une journée nommée 13, un con-ducteur drogué, bien trop heureux, la voiture tanguée, leurs rires et jeunes à répéter

"On aura crevé en écoutant du rock".

Le voyage m'a fait sourire.


Moi aussi, je te trouve bonne, Baiseuse.
 
 
à prendre les bises pour des bites, entre les claques et rentrent des queues, te croire douce folle à fourrer, décadente, décalée. Te parer ras et ravir, par tes formes peu femmes, t'appareiller le corps, pour les mâles et leurs membres, les tenter, les tâter puis les tendre, dans ton apparat des pavés.

Puis post partouze, d'imposture à pilier... de bar, après les bourres et les baises, t'y faux-filer. Y poser la fesse entre filles, autres filasses et larguées, et faire semblant de boire. 
Te plaindre pour bien plaire, parader ton corps et même après le cul, jouer la digne, la guigne  : ah ! j'étais amoureuse, amie aimante, amante et amiante; mais ce nouveau-là n'était pas mieux, pas moins, un peu connard, un peu mesquin, mais pas pour moi, si frêle et fragile, si délicate catine.

Mon dieu, mon pieu, que je suis seule insolente salace, insignifiante salie, salope qui suce, qui sue dessus et bien sous, à dessangler mes desseins, mes deux seins, mes dessous.

Et moi tout joli mec, j'ai du mal amusé à comprendre ces minables minaudes, aux gueules enfarinées, qui hier encore tétaient des sucettes, pour aujourd'hui se pâmer, de s'enfiler tout Paris du bas de leurs vingt ans vantés, et se pimenter l'ego en imitant les gaulées
.

 Les véritables putains, Mesdemoiselles,
sont celles qui ne le sont pas.

  Parole d'obsédé.

 

Mais quitte à te contenter, écarte la bouche, il y a matière à tailler... allons ma puce ! des pipes, et pas de chéquier.

Ton pourboire sera liquide.




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Chemin faisant, on a échangé nos forêts.

Parce qu'elle trouvait que je puais le béton et que son ciel a la couleur de mon bitume.

Ton brouillard pour mon tabac, ta brume contre mes blondes, et l'Amazonie, ma belle, dans mes racines de brune.

Tes maisons de froid et mon coeur un peu pierre, des troncs géants vieillards, à moi 20 ans la petite, cuisses épaisses et jambes de bois.

Dis-moi, dis voir, tu en as des flottes, des flaques, des mares. 
Moi, tu sais, je ne pleure presque pas.

J'ai grandi quand tu faisais grimper tes chênes, que mes immeubles ne remplacent pas.
Petite pousse a pris des seins, de la graine. Je vois bien, tu ne me reconnais pas.

Mais partir et Paris loin, me planter de terre, de train, et me planter dans tes arbres. 

Tes reins.

Puis bras à ton tronc, de nouveau noués, et un ému murmure...



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"Regarde. Je suis rentrée."


http://mavangelle.cowblog.fr/images/StephaneVallet-copie-2.pngEt rappelle-toi donc, Aimé, nos corps à corps à ces heures perdues, tandis que l’accroc au creux de nos chairs s’emballe.
Accros, à-corps, l’un et l’autre, l’un de l’autre, à s’entailler en désaccord, et se déchirer en détail, écœurés, découpés à tort, dans le décor de nos époques.

Ainsi enserrés,
empêtrés,
enterre-moi à se dévorer, à se décorer par tes lèvres, toujours, encore.
En corps ?
Ô mon Cœur, le corps à corps, mais surtout nos coudes à coudes, à rejouer nos accords plus que nos écarts, et dénuder une dernière fois dans notre passion cette escorte distordue, cachée dans nos escarres. Car à quoi bon ce « Nous » sans la discorde, cette fusion retard et retord ?

Ainsi donnons-nous Vie, donnons corps aux sentiments, à ne pas faire mentir les ressentis, et à les accorder, car l’esprit sain dans un corset et bien davantage que l’amour, le corps sait.

De nos jours, mon corps ne t’aime plus, car à apprendre le « désàcorps », fatalement l’on se détache, l’on se délasse car lascivement viendra l’amort, la Mort si ce n’est l’amour.

Avant l’impasse.

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Grâce. Garce.

Ma fleur des pavés.

Petite pute, vendeuse de chair, n’a de cesse de talonner.

Tu n’es pas belle, pas conne, pas bonne, pas celle.
Pucelle.

Ca tapine et ça tapote, petit pas, bout du soulier.

Ce rouge à ta bouche, un peu violent, un peu bavé, ces lèvres ma métisse, ce qu’on en veut, ce qu’on en prend, ce qu’on y glisse.

Gloire à.

Gloria.

Et tes seins, tes seins dans tout Madrid, qui allaitent, qui palpitent, deux blocs ronds et caramels, ces mondes…
Mes pépites.

Ta peau paprika, ton sexe d’épices.

Corps et séduire, baiser-payer, sans dire.

Mot.

Puis partir.
Partir.

 

Putain et Madrid, 1938

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